lundi 19 mars 2012

DANS L'ESPRIT


19 MARS

BONNE FETE A TOUS LES « JOSEPH »

« Les bergers sont vite accourus, 
ils ont trouvé Marie et Joseph, 
avec le nouveau- né couché dans une crèche »
                                                                           (Lc 2,16)

EGLISE



LES EVEQUES  DE LA RDC ONT DIT

« L’on ne construit pas un Etat de droit dans une culture de tricherie, de mensonge et de terreur, de militarisation et d’atteinte flagrante à la liberté d’expression. »
(« Le courage de la vérité (cf 2 Cor 7, 14) »
Message de l’Assemblée plénière extraordinaire de la CENCO aux fidèles catholiques et à l’ensemble du peuple congolais. Kinshasa, le 11 janvier 2012.)

REVUE DE PRESSE

CAMEROUN:

LE SCANDALE  EST TROP GRAND

Du journal "Emergences" 
dans son édition du 17 mars 2012

          "Au Cameroun, « l’affaire Vanessa Tchatchou » vient d’étaler à la face du monde, la crise de confiance qui s’est installé entre les Camerounais et leurs dirigeants.
L’Affaire Vanessa Tchatchou ? C’est cette histoire de bébé volé à l’hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de
Yaoundé qui agite l’opinion publique depuis plusieurs semaines. Même si l’affaire est loin de déclencher un printemps camerounais comme en Tunisie, elle a permis de mesurer, sur les antennes de RFI (Radio France
Internationale), lors de l’émission « Appels sur l’actualité », la vague d’indignation des populations sur la manière dont les autorités gèrent les problèmes au Cameroun. La décision
de chasser la petite de 17 ans de l’hôpital a vraisemblablement heurté l’opinion: « Je voudrai décrier l’absence totale d’humanité, de compassion», « C’est inadmissible, c’est ubuesque », «Je suis choqué », « Ce n’est pas sérieux de la part des autorités ». 
       Les réactions de protestation n’ont cessé de crépiter pendant les 20 minutes qu'a duré l’émission. Dans les milieux populaires de Yaoundé, l’on a le sentiment
que, malgré le limogeage du directeur de l’hôpital, le gouvernement a décidé de protéger une magistrate que la
famille soupçonne de détenir l’enfant de Vanessa. Une raison de plus, fait remarquer un observateur, pour
approfondir la cassure entre le Cameroun d’en haut et celui d’en bas."

dimanche 18 mars 2012

POLITIQUE

ALGÉRIE


IL Y A 50 ANS AUJOURD'HUI

C'était le 18 mars 1962. Je me souviens. Les yeux du monde étaient tournés vers Evian, jolie petite ville savoyarde au sud du lac Léman, non loin de Genève. 


Nombre de rencontres secrètes avaient préparé le terrain. Des hommes de l'Algérie et de la France se rencontraient. Des deux côtés, un long chemin avait été réalisé. Des amitiés ouvertes ou clandestines s'étaient nouées pendant ces dures années de guerre. Tous percevaient confusément qu'une entente pouvait ramener la paix. Elle serait "crucifiante" pour tel ou tel groupe. Un de mes frères salésiens protégea des centaines de "harkis"qui avaient été pratiquement oubliés dans ces "moments où personne ne sait plus lire l'histoire".  Nos paroisses étaient mobilisées pour accueillir le retour dramatique des "Pieds Noirs". Le gouvernement du pays multipliait à leur égard de saines initiatives. Tout cet accueil ne pouvait diminuer les peines et les souffrances.
Les jeunes du contingent allaient rentrer, souvent terriblement marqués par ce qui leur avait été imposé. Des centaines d'autres avaient énergiquement "refusé de torturer". Leurs cahiers de témoignage avaient considérablement aidé les épiscopats des deux pays à apporter aussi leurs propositions aux "hommes politiques". 
Un ambassadeur algérien dans un pays d'Afrique noire, pouvait dire récemment à un prêtre missionnaire français: "Nous savions...Nous vous remercions de ce qui a été accompli à cette époque..." 


                                    Pierre JARRET

vendredi 16 mars 2012

POLITIQUE

CAMEROUN:
LE CALVAIRE DE LA JEUNE VANESSA

Revue de la presse de ce vendredi 16 mars
du Journal "Le Cameroun Com"
Par Diane Nanyan - 16/03/2012
"Affaire Vanessa Tchatchou, élection à l’Assemblée nationale, litiges sur le site de la nouvelle cimenterie, et en fait divers l’histoire d’un homme qui tue son amante..."


NDLR - Sur ce programme, nous ne reprenons ici que ce qui touche à la jeune Vanessa.

     Vanessa Tchatchou a été expulsée "manu militari" de l’hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Ngousso. 
« Le Jour » explique : «  Vanessa Tchatchou s’est fait conduire par une dizaine de policiers armés, vers un lieu inconnu. Autour de 20h, elle a été violemment sortie de la chambre qu’elle occupe à l’hôpital gynéco-obstétrique, trainée au sol et jetée de force dans un véhicule. L’enlèvement de Vanessa s’est fait en présence du nouveau directeur général de l’hôpital gynéco-obstétrique, Angwafor III Fru Fobuzshi, qui coordonnait l’opération. A ce moment-là, la famille de Vanessa était absente de l’hôpital. D’après nos informations, l’ordre de la faire sortir de cette formation hospitalière serait venu de la présidence de la République. La « Nouvelle Expression » va plus loin La mère du bébé volé a été mise de force dans un véhicule qui a démarré en trombe. Initialement, les policiers ont fait savoir aux membres de la famille que la destination directe était la maison familiale]. Le cortège a fait plusieurs contours dans la ville, les policiers prétextant qu’il: "faut semer les gens qui sont tentés de les suivre". C’est vers 22h que les policiers sont arrivés à la maison familiale, quelque part après les rails, à Ngousso. En revanche « L’actu » dit que la jeune mère expulsée a immédiatement été conduite dans une autre formation hospitalière. Jetée à l'entrée du domicile familiale-parce qu'elle refusait de descendre du véhicule de la police, Vanessa perd conscience, détaille le quotidien de Gustave Samnick. « Mutations » précise que victime d’un malaise après son expulsion « manu militari » de l’hôpital pour le domicile familial, elle a été hospitalisée dans un lieu tenu secret. »

LE REGARD 
DE "MONDEACONSTRUIRE"

   "L'Affaire Vanessa se révèle jour après jour d'une cruauté incroyable. Les journalistes sont effrayés de leur propre titre. L'un d'entre eux ouvre ainsi son commentaire: "Tous des monstres !"
     "Le Messager" multiplie ses pages sur la "jeune camerounaise". "Affaire du bébé volé: "Le régime de Yaoundé entre rebuffades et reculades". (Le Messager du 13 mars 2012)

Les versions du gouvernement et les autres

   Nous citons sous ce dernier titre l'article de Edouard Kingue: "Pour le gouvernement, deux versions contradictoires sont avancées: l'une du ministre de la Communication...qui a soutenu que l'enfant dit volé est mort et enterré, l'autre de Catherine Bakang Mbock, ministre des Affaires sociales. Selon elle, il n'y a pas eu de vol de bébé..." (Ndlr. On croit rêver devant de telles affirmations de la part d'un gouvernement qui voudrait même "museler la presse")
          "La troisième version...soutenue par la jeune maman et les organisations de la société est celle selon laquelle le bébé n'est pas mort."
            Au milieu de cette immense débâcle morale d'un pays qui s'est laissé descendre dans les bas-fonds les plus criminels, des hommes de vérité surgissent. Il faut signaler le courage de Vincent Sosthène  Fouda, écarté de façon assez peu courtoise des dernières élections présidentielles. Cet homme a fait refaire les  tests ADN au Centre hospitalier universitaire vaudois, à Lausanne, en Suisse. La réponse est terriblement éclairante: "A 99, 99 % le bébé détenu par la magistrate (Ndlr. Mme Caroline Mejang  Ndikum Ateh) est bel et bien celui de Vanessa Tatchou"  ( Le Messager du 12 mars 2012)
        Aux côtés du Professeur Fouda, l'Histoire retiendra le nom de Shanda Tonmé, écrivain camerounais très connu. Président de la "Commission Indépendante contre la corruption et la discrimination" (Comicodi), Monsieur Shanda Tonmé confirme sans hésiter dans sa "Déclaration N° 9" sur cette affaire que cette dame magistrate est bien celle "qui détient actuellement le bébé". 
        Mr Tonmé va jusqu'à rappeler dans ce même texte: "Cette situation s'est déjà vue dans l'histoire récente du monde, notamment sous les dictatures des années 1970 en Amérique Latine (Argentine et Chili), où les enfants des pauvres furent enlevés de force à leurs familles, pour être placés dans des familles des classes dirigeantes..."
         Cette dernière phrase d'un homme réputé pour son sens des responsabilités est une condamnation grave pour le régime camerounais. Les difficultés que rencontrent la jeune Vanessa et ceux qui tentent de "déchiffrer lucidement ces évènements", sont le signe évident que le système mis en place à Yaoundé est loin de pouvoir être reconnu comme "démocratique".
                                                    Pierre Jarret
      



jeudi 15 mars 2012

EGLISE

VATICAN :

PIE XII FAVORABLE
A LA CREATION
D'UN TERRITOIRE JUIF EN PALESTINE

A Rome, la fondation « Pave the Way »
a présenté ce mercredi 14 mars 2012  le Document suivant.

« Des documents des Archives principales de Yad Vashem montrent que l’archevêque Eugenio Pacelli - futur pape Pie XII - , était favorable à l’établissement de l’Etat moderne d’Israël, indique la fondation « Pave the Way ». Cette organisation a pour but d’identifier et si possible d’enlever les obstacles au dialogue entre les religions. Elle mène notamment des recherches sur l’histoire des relations de Pie XII avec les juifs.

         La fondation, basée à New York, explique qu’en 1917 l’archevêque Eugenio Pacelli a rencontré Nahum Sokolow, président de l’Organisation mondiale sioniste, et qu’il a arrangé une rencontre de Sokolow avec le pape Benoît XV pour discuter la question d’un territoire juif. Dans un rapport passionné, Sokolow raconte son audience du 12 mai 1917.
Quand Sokolov rencontre Pacelli en 1917
          « J’ai tout d’abord été reçu par Mgr Eugenio Pacelli, Secrétaire pour les affaires extraordinaires, écrit Sokolow, puis, quelques jours plus tard, j’ai eu un long entretien avec le cardinal Secrétaire d’Etat Gasparri. Ces deux rencontres furent extrêmement amicales et positives. Je n’ai pas tendance à la crédulité ni à l’exagération, mais je ne peux m’empêcher d’insister sur le fait que ces moments ont révélé une amitié extraordinaire : accorder avec tant de promptitude, à un juif, représentant du sionisme, une audience privée qui a duré si longtemps, qui a été si chaleureuse et qui a manifesté de telles marques de sympathie, tant pour les juifs en général que pour le sionisme en particulier, tout cela prouve que nous n’avons pas à craindre le moindre obstacle insurmontable de la part du Vatican. Le pape m’a dit : « Pacelli m’a parlé de votre mission ; voudriez-vous m’en dire davantage ? ». » (File A 18/25 dans les Archives principales de Yad Vashem).

           « Pave the Way » note un peu plus loin : « Le 15 novembre 1917, le nonce [en Allemagne, ndlr], Mgr Pacelli, est intervenu, à la demande expresse de la communauté juive de Suisse, qui craignait ce qui aurait pu être un massacre des juifs de Palestine par les Ottomans. Pacelli a demandé au gouvernement allemand, alors allié des Turcs ottomans, de protéger les juifs de Palestine. Il a obtenu gain de cause et la promesse que les Juifs seraient protégés par le gouvernement allemand « même par les armes ».
Quand Pacelli rencontre Adenauer, Einstein, Thomas Mann en 1926
          Pacelli a rencontré de nouveau Sokolow le 15 février 1925, et il a arrangé un autre entretien avec le cardinal Pietro Gasparri au sujet de la création d’un territoire juif en Palestine. En 1926, Pacelli a exhorté tous les catholiques à rejoindre le mouvement pro-Palestine en Allemagne, auquel participaient des personnes aussi remarquables que Albert Einstein, Thomas Mann, Konrad Adenauer et le P. Ludwig Kaas.

          La fondation « Pave the Way » a appris l’existence d’un document non publié à ce jour qui donnerait peut-être des indications sur l’attitude de Pie XII à l’égard d’un territoire juif. En 1944, Pie XII s’est opposé au sentiment général de son Secrétaire d’Etat, en répondant à une lettre de Mgr Domenico Tardini lui déconseillant d’aider les juifs à établir un territoire. Pie XII a écrit de sa main : « Les Juifs ont besoin d’avoir leur terre ». Ce document est dans la section fermée de la Bibliothèque vaticane et il ne sera accessible que lorsque les archives seront entièrement ouvertes.

           La fondation explique aussi que des chercheurs ont découvert le discours que Pie XII a adressé en 1946 à une délégation d’Arabes venus à Rome pour dissuader le pape d’appuyer la création d’un territoire juif en Palestine. Pie XII conclut la rencontre et il laissa la délégation arabe très déçue, en déclarant clairement : « Plusieurs fois par le passé, nous avons condamné la persécution déchaînée contre le peuple juif par un anti-sémitisme fanatique ».

           D’après des recherches effectuées par la fondation Raoul Wallenberg, c’est Pie XII qui a « préparé le chemin » pour que les pays catholiques membres des Nations-Unies votent positivement en faveur de la partition de la Palestine, en novembre 1947. « Nous avons trouvé des articles d’après lesquels le Vatican avait encouragé l’Espagne à reconnaître l’état hébreu en 1955 », précise la fondation.

         Elliot Hershberg, directeur de « Pave the Way », déclare : « Nos recherches ont montré que les relations positives du pape Pie XII avec le peuple juif datent des années de jeunesse de Pacelli, lorsqu’il avait un ami d’enfance très cher, un garçon juif orthodoxe qui s’appelait Guido Mendes. Pacelli partageait des repas du Shabbat, il avait appris à lire l’hébreu et empruntait des livres de grands auteurs rabbiniques. Les documents que nous avons découverts dévoilent les nombreuses interventions de Pacelli pour sauver la vie de juifs et pour protéger les traditions juives. Cette évidence dément les allégations selon lesquelles il aurait été de quelque façon antisémite, ce qui a été considéré comme un fait par certains historiens. »

           Le président de « Pave the Way », Gary Krupp, affirme pour sa part: « Le but de notre fondation a toujours été d’utiliser nos relations internationales pour identifier et rendre accessible tout document que nous pouvons repérer en le mettant en ligne, afin de mettre l’information à disposition des spécialistes dans le monde, que le message soit positif ou négatif. A ce jour, nous avons posté plus de 46.000 pages de documents de recherche, ainsi que de multiples interviews vidéo de témoins oculaires. Conformément à notre mission, nous essayons de résoudre cet obstacle vieux de 47 ans entre les juifs et les catholiques. »


mercredi 14 mars 2012

EGLISE

NIGERIA :

DES JEUNES POUR PROTEGER LES EGLISES

                                                ( Dans La Croix du 14 mars 2012)



Au Nigeria, des brigades de jeunes pour protéger les églises
À la demande de la conférence épiscopale du pays, chaque paroisse du pays est invitée à constituer une brigade d’autodéfense, composée de jeunes gens.
Ce nouveau dispositif s’étend peu à peu à l’ensemble du territoire.
Un membre d’une brigade MOD devant la paroisse Saint-Pierre-et-Saint-Paul dans la ville d’Aliade.
Un membre d’une brigade MOD devant la paroisse Saint-Pierre-et-Saint-Paul dans la ville d’Aliade.
LAURENT LARCHER
Un membre d’une brigade MOD devant la paroisse Saint-Pierre-et-Saint-Paul dans la ville d’Aliade.
LAURENT LARCHER

Un membre d’une brigade MOD

devant la paroisse Saint-Pierre-et-Saint-Paul dans la ville d’Aliade.

«C’est Dieu qui est le protecteur de son peuple. Mais Il a besoin d’hommes pour l’aider dans cette tâche. Nous, les cadets, nous avons répondu à cet appel. Nous assurons la sécurité de l’église, nous protégeons les chrétiens de ceux qui les menacent», explique d’une voix claire et déterminée Daniel Agbo, un jeune homme de 25 ans portant rangers, pantalon kaki et chemise militaire.
Il arbore fièrement l’uniforme des MOD (Men of Order and Discipline, «les hommes de l’ordre et de la discipline»).
Fondé dans les années 1980 par un prêtre de Maiduguri, ville travaillée par l’intégrisme islamique dans l’État de Borno (nord-est du pays), ce mouvement s’étend depuis peu à l’ensemble du Nigeria. Devant l’actuelle montée des violences dont sont victimes les chrétiens, la Conférence épiscopale et le gouvernement nigérian encouragent les diocèses à doter leurs paroisses d’une brigade MOD pour assurer la sécurité des fidèles.

«Repérer les comportements suspects»

Avec une vingtaine de ses camarades de la paroisse du Saint-Esprit de Wukari, dans l’État de Taraba, à 500 km à l’est d’Abuja, la capitale fédérale du Nigeria, Daniel Agbo assure tous les dimanches la protection de son église. «Nous contrôlons tous les véhicules qui viennent se garer dans la cour, nous fouillons les sacs. Pendant les cérémonies, nous patrouillons dans l’église pour repérer les comportements suspects, détecter les dangers potentiels. À Wukari, nous nous méfions des musulmans. Depuis que Boko Haram (NDLR : groupe islamiste terroriste) s’attaque aux chrétiens, nous devons redoubler de vigilance », assure le jeune homme.
Dans cette ville estudiantine, les relations entre chrétiens et musulmans sont tendues. En juillet 2010, de jeunes chrétiens détruisirent une mosquée que construisait le commissaire de police dans la cour du commissariat. Aussitôt, de jeunes musulmans s’en prirent à une église.
L’affrontement entre les deux communautés fut direct et violent : huit personnes furent tuées, six mosquées et une église brûlées. L’armée dut intervenir pour rétablir l’ordre.

Prêts à en découdre

«Dans nos rangs, nous avons perdu quatre amis», se souvient Daniel. C’est dans ce contexte tendu que l’année dernière, la paroisse a lancé une brigade MOD. Ce service d’ordre n’est pas sans évoquer un groupe paramilitaire.
Il en a épousé l’uniforme, la structure et le comportement. Les jeunes gens défilent en rang, se saluent militairement, adoptent un air martial et se retrouvent une fois par semaine pour s’entraîner.
À écouter Daniel et son chef, Michael-Emmanuel, 33 ans, les MOD de Wukari sont visiblement prêts à en découdre : «Nous devons nous préparer à toute forme d’attaque. Nous ne sommes pas armés. S’il y a un problème, nous ferons barrage avec nos corps», explique-t-il avec fierté.
«J’espère qu’un jour on nous permettra de nous armer», s’exclame Daniel, avant d’ajouter dans un éclat de rire : «Les chrétiens ne sont pas des moutons qui vont se laisser conduire à l’abattoir sans réagir.»

Questions de partage et de contrôle des terres

À 240 km de là, à Jalingo, la capitale de l’État de Taraba, l’évêque du lieu encourage chaleureusement les paroisses de son diocèse à adopter ce mouvement. «Il faut bien comprendre que pour l’heure, c’est le seul moyen à notre disposition pour nous protéger. Depuis que Boko Haram nous menace directement, les MOD sont devenus indispensables», explique le P. Charles Nyameh, vicaire épiscopal de Jalingo, tout en reconnaissant que son diocèse ne connaît «pas particulièrement de tension confessionnelle dans notre ville».
«Ici, les conflits sont de nature ethnique, poursuit-il. Les Fulanis, les Tivs, les Jukuns s’affrontent pour des questions de partage et de contrôle des terres. Mais le climat d’insécurité dans lequel le Nigeria est plongé nous incite à nous organiser pour protéger nos églises. Les MOD sont pacifiques. Ils sont le premier rempart contre d’éventuelles agressions conduites par des extrémistes venues d’ailleurs.»

Les paroisses assurent leur propre sécurité

Loin des tensions religieuses, plus au centre du pays, dans l’État de Benue, les paroisses assurent aussi leur propre sécurité.
Ainsi à Aliade, une ville en majorité chrétienne à 300 km au sud d’Abuja, une équipe MOD s’est montée il y a quelques mois.
«Ce que nous entendons à la télévision nous conduit à prendre des mesures de sécurité pour notre église. Cela nous rassure, surtout depuis les attentats de Noël», justifie le vicaire provincial des spiritains, P. Emmanuel Agundo, curé de la paroisse Saint-Pierre-et-Saint-Paul de la ville.

Intervenir en cas d’agitation

Les MOD d’Aliade ont une allure bien moins martiale que ceux de Wukari. En guise d’uniforme, ils portent un tee-shirt blanc crème et un pantalon sombre.
Pendant les messes du dimanche, ils se déploient autour de l’église, contrôlent la circulation, les allées et venues. Ils dirigent les voitures vers un parking éloigné de l’église, empêchent les motocyclettes de s’approcher, ouvrent les sacs des fidèles.
Pendant la messe, on les voit aussi déambuler dans les allées, demander aux enfants de bien se tenir, intervenir en cas d’agitation, réveiller ceux qui s’endorment.

Rassurer les fidèles

«Lorsque j’ai entendu un prêtre, il y a quelque mois, parler des MOD à la fin d’une messe, je me suis immédiatement présenté comme volontaire. Nous sommes une brigade d’une trentaine de personnes, garçons et filles», raconte Philippe, 32 ans, l’un des responsables MOD d’Aliade.
«C’est beau de voir nos enfants s’organiser pour nous protéger», constate de son côté le P. Geoffrey Baka, qui vient de célébrer la messe du dimanche sous la protection de ses paroissiens.
La présence de la brigade rassure les fidèles, sans qu’elle sache faire face à une attaque terroriste. «Nous ne sommes pas armés, reconnaît Philippe, mais il ne peut rien nous arriver puisque Dieu est avec nous.»

                                                      LAURENT LARCHER (à WUKARI, JALINGO, ALIADE)