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mercredi 1 juin 2011

Europe, prends garde de perdre ton âme

LE REFUS DES REFUGIES

Mgr Maroun Lahham, archevêque de Tunis fait part de son incompréhension face à l’inhospitalité des Européens après la crise tunisienne et libyenne.
« Vu de la rive sud de la Méditerranée, où l’hospitalité est à la fois une valeur et un devoir, c’est incompréhensible… tout simplement », affirme-t-il dans un article publié sur le site de la Fondation Oasis,vouée à la promotion de la connaissance réciproque et la rencontre entre chrétiens et musulmans.  Il fait part de son incompréhension face à l’inhospitalité des Européens après la crise tunisienne et libyenne…                                                                 
La situation militaire en Libye s’enlise, la confrontation militaire entre les rebelles et les phalanges de Kadhafi continuent, les bombardements de l’OTAN n’arrivent pas à trancher. On vit dans l’incertitude la plus absolue.La situation actuelle à la frontière, d’après les religieuses présentes sur place, se présente comme suit : entre 4000-5000 réfugiés africains ou asiatiques attendent des jours meilleurs pour retourner, soit dans leurs pays respectifs soit en Libye. Mais il y a aussi des milliers de libyens qui ont fui la guerre. Ces libyens sont de trois catégories : des gens aisés qui ont passé la frontière et ont rejoint l’Europe via l’aéroport de Djerba ; la deuxième catégorie constituée de libyens ayant des parents dans le sud tunisien qui les ont accueillis dans leurs maisons, et la troisième catégorie (on parle déjà de 50.000) sont logés dans les camps, ou hébergés dans des maisons que les habitants de la ville de Tataouine leur ont offertes gratuitement, ou dans des tentes. Le ministère de l’éducation nationale a donné des consignes aux écoles du sud tunisien pour intégrer les enfants libyens dans les écoles des divers gouvernorats.
Tout ceci s’est passé alors que des milliers de tunisiens sont arrivés à Lampedusa, avec toutes les problématiques que cela a causées. Je ne parle pas de la dimension juridique ou politique de ce phénomène, ce n’est pas de ma compétence. Mais je parle de la dimension humaine. Ce sont des jeunes au chômage (19% de chômage avant la révolution). Le tourisme occupait 450.000 jeunes qui se sont retrouvés du jour au lendemain sans travail, le contrôle des frontières s’était affaibli à cause de la situation politique et sécuritaire dans les grandes villes.
J’essaie de me mettre dans la mentalité d’un tunisien : 20.000 tunisiens sont arrivés dans une Europe, en crise peut être, mais riche tout de même, et ils sont mal reçus, alors que plus de 200.000 (dix fois plus) d’étrangers sont arrivés dans une Tunisie, pas aussi riche que l’Europe, mais surtout qui sort d’une grave crise politique, et les Tunisiens les ont reçus les bras ouverts,  leurs ont ouvert leurs maisons, leurs écoles, et ont partagé avec eux leur pain quotidien.
Vu de la rive sud de la Méditerranée, où l’hospitalité est à la fois une valeur et un devoir, c’est incompréhensible… tout simplement."

NDLR - Durant la 2e guerre mondiale (1939-1945), des Chrétiens de France lancèrent les cahiers de "Témoignage Chrétien" avec le Père Chaillet, Jésuite. L'une de ces plaquettes intitulées "France, prends garde de perdre ton âme !" fut distribuée clandestinement par centaines d'exemplaires dans tout le pays alors occupé par les armées allemandes. L'impact sur les consciences fut considérable pour réveiller toutes les bonnes volontés et mettre les populations debout face à toutes les barbaries hitlériennes contre la dignité des personnes.





mardi 1 février 2011

La Tunisie ... et les autres...

Le texte que le Père JB Beraud a présenté le jeudi matin 27 janvier 2011 aux participants du Colloque sur l'Eglise et les médias  a débuté comme suit:

DROITS  ET DEVOIRS DE L’EGLISE
PAR RAPPORT AUX MEDIAS
EN TANT QUE REALITE SOCIALE

Des voix  de Tunisie se font entendre ces jours-ci
Sur la Croix du 25 janvier, avant-hier, sous la signature de la journaliste Agnès Rotivel qui se trouve sur place, nous lisons un texte où, sinon l’Eglise de Rome, du moins des croyants qui aiment eux aussi  leur vocation de journalistes, s’interrogent et agissent, face à la situation nouvelle qui surgit.
Nous lisons : « Le 14 janvier, alors que le président Ben Ali avait fui le pays, le journal La Presse, en version française et en arabe, ignorait l’événement à sa « une ». Pas un mot. Le quotidien dit « quotidien du président », qui n’omettait jamais de mettre en première page la photo de Ben Ali, doit faire sa mue et s’adapter à une nouvelle réalité…. »
            Un peu plus loin, le texte continue : « Il s’appelle Neji Bghouri. Un rapport très critique sur l’état de la presse en Tunisie, l’a écarté de son poste de président du syndicat des journalistes. Il y revient maintenant. Il déclare : « Notre syndicat a été privé de subventions. Et au moment de l’élection présidentielle, on a eu des pressions pour appeler à voter pour Ben Ali. Comme on a refusé, le parti du président, le RCD, s’est arrangé pour qu’un nouveau syndicat des journalistes, officiel, soit créé. Le notre, légitime, était banni… »
           ( Ici, plusieurs autres faits ont été lus.)
            Ce sont là des récits qui interpellent nos consciences, et donc aussi l’Eglise. N’y a-t-il que la Tunisie à avoir eu un journal que l’on pouvait appeler le « journal du président » ? Un homme écarté de son poste à cause de ses idées, cela ne se passe-t-il pas ailleurs ? Des pressions sur les médias en faveur de tel ou tel pour des élections ? Ou plus simplement des pressions sur les personnes ? S’agit-il là de situations inconnues hors de Tunisie ? Il nous est possible déjà de deviner les droits et les devoirs de l’Eglise face à de telles situations, dont il nous est facile de reconnaître qu’elles ne nuisent pas seulement à des femmes et à des hommes d’un beau pays du Maghreb. C’est l’honneur de chacun de nous de prendre du temps aujourd’hui pour y réfléchir. C’est l’honneur des dirigeants et des chefs d’Etat de savoir s’interroger face aux événements…