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mercredi 23 février 2011

TUNISIE - Père RIBYNSKI

L’assassinat du prêtre polonais
Une lettre de l'Archevêque de Tunis
          Nous apprenons que le meurtrier du jeune prêtre salésien polonais Ribynski est un employé de l’école des salésiens.

Lettre de Mgr l’Archevêque de Tunis,
Transmise par les FMA de Menzell Bourguiba le 22 février 2011

Chers tous et toutes,

Nous ne finissons pas de vivre des événements (je laisse le mot sans adjectif). Maintenant c’est le P. Marek, salésien de 34 ans, en Tunisie depuis 2007 qui a été égorgé dans un dépôt de l’école des Salésiens de la Manouba.
Le Ministère de l’Intérieur vient de publier un communiqué comme quoi l’assassin était le menuisier de l’école. Les Pères salésiens affirment que l’assassin avait emprunté, lors du dernier Eid (il y a trois mois) 2.000 dinars tunisiens pour acheter du matériel pour son travail. Il semble qu’il a dépensé l’argent pour autre chose, le fournisseur refusait de lui donner un matériel non payé, et le P. Marek insistait pour avoir l’argent de l’école rendu. Pris de panique, et par peur d’être dévoilé, dit le communiqué du Ministère de l’intérieur, « l’assassin a surpris le prêtre en lui assénant des coups successifs très forts au moyen d’un outil contondant sur la nuque et le cou, ce qui a causé son décès. L’assassinat a été commis par crainte d’être découvert. ».

Dès qu’on aura terminé les formalités juridiques, on célèbrera une grande messe à la Cathédrale avant de le rapatrier en Pologne. Le jour et l’heure de la cérémonie seront publiés aussi.

Que dire ? Horreur, tristesse, indignation, révolte, préoccupation, peur, doute… tout est mélangé. Pourquoi a-t-on tué P. Marek ? Pour deux mille dinars ! On ose à peine le croire. Il y a certainement des détails que je ne sais pas. Par contre, il y a des choses que je sais :

- Je sais que P. Marek avait écrit, deux semaines avant son assassinat, à propos du peuple tunisien: « c’est une nation jeune, intelligente, incapable de violence (sic !), profondément bonne qui n’est pas capable de haïr ».

- Je sais qu’il venait d’écrire son premier livre sur la Tunisie où il dit entre autre : « pendant mon séjour en Tunisie, mon attitude envers mes frères musulmans a beaucoup évolué. Cette peur du terrorisme et de l’extrémisme a complètement disparu. Les Tunisiens sont tellement accueillants, amicaux et chaleureux. Ils m’apprennent cette attitude ».
- Je sais qu’il s’était proposé comme volontaire pour venir en Tunisie il y a quatre ans, alors qu’il était à peine ordonné prêtre.
- Je sais qu’il avait demandé de l’argent de partout pour aménager de nouveaux locaux pour l’école qu’il aimait tant et dont il était l’économe.

Je m’imagine en face de son assassin pour lui poser quelques questions : Pourquoi as-tu vraiment tué P. Marek ? Et pourquoi de cette manière barbare ? Son jeune âge et son innocence ne t’ont inspiré aucun sentiment de pitié ? Ni son physique frêle ? Tu l’as assommé avec coups de marteau, cela ne suffisait-il pas ? Fallait-il vraiment l’égorger et le laisser baigner dans son sang ? Comment as-tu pu dormir après ? De quelle pâte es-tu fait ? Quelle religion professes-tu ? Es-tu de ceux qui croient en Dieu le Compatissant, le Miséricordieux, (Al Rahman Al Rahim ?) Comment conjugues-tu ton crime avec ta foi ?

Réponds à ces questions, tranquillise-nous, tranquillise notre cœur de père et de frères… Après, je te promets la pardon. Tu auras d’abord à le demander de Dieu, ensuite, tu auras celui de l’Église catholique de Tunisie.

« Si le grain tombé en terre ne meurt…. » Il est tombé, il est mort, et à l’exemple du Christ auquel P. Marek s’était consacré, il a porté des fruits. Tous les messages de solidarité, toutes les scènes de sympathie, les fleurs déposées à la porte de la Cathédrale, les tunisiens et tunisiennes qui ont manifesté devant la Cathédrale avec des slogans « Marek, pardon ! »,  les jeunes tunisiens venus à la cathédrale dimanche 20, avec des fleurs, les larmes aux yeux… « Nous ne l’avons pas tué, disaient-ils, ce n’est pas la Tunisie… Pardonnez-nous ! » ; et ils sont partis en embrassant les sœurs.

Les réactions officielles sont du même ordre, le Premier Ministre, le Ministère de l’Intérieur, des Affaires Étrangères, du Travail, de l’Éducation, des Affaires religieuses, du Tourisme ; les Ambassadeurs arabes et étrangers, même le parti islamiste Al Nahda…. Fallait-il le meurtre d’un prêtre pour nous rendre compte de toute cette sympathie et de cette affection ? Le prix est très élevé. Nous apprécions énormément tous ces gestes d’amitiés, mais elles ne valent pas une goutte du sang de notre Marek.

Et maintenant ? Eh bien, nous allons de l’avant. L’heure n’est pas à la panique, elle est à la foi, à la patience, à la précaution. Partir ? Pas question, les temps de difficulté ne sont pas des temps de fuite. Je le dis en mon nom personnel d’abord, et je pense pouvoir le dire au nom du tout le personnel religieux de l’Église de Tunisie et au nom des chrétiens présents dans le pays. Je le dis aussi pour nos frères musulmans et juifs. Nous restons dans ce pays qui nous accueille, qui nous aime et que nous aimons. Nous restons aussi pour vous, car nous voulons nous enrichir de votre présence et de votre différence, et nous vous proposons aussi les valeurs auxquelles nous croyons et que nous essayons de vivre malgré nos faiblesses, des valeurs qui peuvent vous apporter un supplément de foi et d’espérance et de confiance.

La vie est plus forte que la mort, l’AMOUR aussi.

                                                                                                            + Maroun Lahham
Archevêque





mardi 22 février 2011

TUNISIE - Le message du Père Ribynski

TUNISIE - Le retour de la « croix gammée »
         Cela se passe en Tunisie à La Manouba. Le meurtre du Père salésien Marek Ribinsky continue d’attirer l’attention des « hommes de bonne volonté ». « Samedi et dimanche matin, 19 et 20 février, précise l’Agence salésienne ANS, des centaines de personnes ont participé à des manifestations de solidarité… Sont venues des centaines de personnes parmi lesquelles les élèves (ndlr. en majorité musulmans) de l’école avec leurs parents,  et de nombreux anciens élèves qui ont témoigné leur affection pour le Père Rybinski.
Les ambassadeurs de plusieurs nations sont présents ainsi qu’un représentant du Ministère des affaires étrangères, le Ministre pour les affaires religieuses de la Tunisie, et Mgr l’Archevêque.
Mgr Lahamm Marun Elias a déclaré sur Radio Vatican : « Il semble qu’en Tunisie soit né un mouvement islamiste qui se dresse contre tous les non-musulmans…Les salésiens avaient reçu une lettre de menace…s’adressant aux juifs, qui leur intimait de donner leur argent…En cas de refus, ils viendraient les tuer… Pour les gens simples, si tu n’es pas musulman, tu es juif…Le lettre était signée par une croix nazie… »

La « révolution de la dignité »
Nous apprenons aussi ce matin la magnifique analyse que fait sur les derniers événements de Tunisie, Egypte, Lybie et suite, le P. Faysal Hijazen, curé de Ramallah, en Palestine. Docteur en théologie morale et professeur à l'université de Bethléem, il évoque la « révolution de la dignité » qui a libéré les peuples tunisiens et égyptiens de la « peur provoquée par des régimes habitués à l'intimidation ».
Le réveil de la dignité des peuples, annoncé il y a plus de 40 ans, par le Concile Vatican II, a lieu sous nos yeux. Tel chef d’Etat n’hésite pas à faire bombarder les manifestants, dans les rues de Benghazi ou de Tripoli. D’autres, avec bien  plus de sens de leur responsabilité,  comprennent  qu’ils sont appelés à des  changements.  En mai 68, le Cardinal Marty, archevêque de Paris, déclarait dès les premiers jours : « L’Eglise n’a pas peur des changements »… Au moment où peuvent se réaliser des marches annoncées au Cameroun, dans les rues de Yaoundé ou de Douala, il faut souhaiter aux hommes du pouvoir, qui, pour la plupart, sont sortis des séminaires catholiques, qu’ils aient le courage de se rappeler la grandeur de leur vocation au « métier politique » : « Tu es là pour le bien de ton peuple ! Respecte-le ! »