Mr Jean Marie Atangana Mebara, ancien Secrétaire Général de la
Présidence de la République (Cameroun) du Président Biya, se trouve incarcéré
depuis le 6 août 2008 dans la Prison Centrale de Kondengui (Yaoundé).
Dans son livre « Lettres
d’ailleurs », publié récemment par l’Harmattan et préfacé par le Cardinal
Tumi, Mr JM Atangana Mabara écrit :
« Ma
nomination en septembre 2006, comme Ministre des Relations Extérieures, en
conservant le titre de Ministre d’Erat, m’avait été annoncée par le Président
de la République lui-même au cours d’une des dernières audiences qu’il
m’accorda comme Secrétaire général de la Présidence…
(P 92)
Ma nomination au
Ministère des Relations Extérieures avait été perçue par une certaine presse et
par quelques « anciens », aînés au gouvernement, comme le début de la
fin : ils avaient vu juste ! En effet, un an à peine après mon
arrivée aux Relations Extérieures, le Premier Ministre Inoni, (Ndlr- Enfermé lui aussi à Kondengui depuis
le 16 avril 2012) au cours d’une audience qu’il m’accorda, le jeudi 6
septembre 2007, vers 16h 30, m’informa qu’il avait été chargé par le Chef de
l’Etat de m’aviser que je ne ferai plus partie de l’équipe gouvernementale qui
allait être annoncée moins de 45 minutes plus tard….
C’est ainsi que
j’entamai ce que certains hommes de médias ont appelé « ma descente aux
enfers », et qui culminera avec mon incarcération le 6 août 2008 » (P
94)
Mr Jean Marie Atangana Mebara, ancien Secrétaire Général de la
Présidence de la République (Cameroun) du Président Biya, se trouve incarcéré
depuis le 6 août 2008 dans la Prison Centrale de Kondengui (Yaoundé).
Blanchi de toute accusation par le tribunal
dans une affaire de détournement d’argent au sujet de l’achat d’un avion
présidentiel pour Mr. Biya, Mr Atangana Mebara croyait son calvaire terminé ce
4 mai dernier. Deux nouveaux chefs d’accusation sont immédiatement trouvés pour
la maintenir derrière les barreaux.
Sortant d’un long silence, Mr Jean Marie
Atangana Mebara vient de fairepublier à
l’Harmattan un livre sur une curieuse « Opération Epervier » par
laquelle le Régime en place à Yaoundé a déjà fait jeter en prison une série de
ministres, dont un premier ministre, et plusieurs très Hauts Commis des
derniersGouvernements.
De sa prison, Mr Atangana Mébara a choisi de
raconter ce qu’il vit, sous forme de lettres.
Le Cardinal Tumi a accepté de suite d’assurer la préface à ces 320
pages intitulées « Lettres d’ailleurs ».
Avec une délicatesse de respect pour chaque
personne, l’ancien « premier Collaborateur de M. Paul Biya » y révèle
aussi très nettement les arcanes plutôt scabreuses d’un pouvoir qui veut se
maintenir coûte que coûte.
Lignes « choisies » :
« A la Présidence de la République, il y avait aussi des
individus aux rôles obscurs et flous, certains se vantant dans les salons
privés d’avoir l’oreille du Chef de l’Etat. Ils enquêtaient sur tout et sur
tous, sans mandat, seulement parce que c’était leur « sale boulot »
La plupart des détenus des prisons
principales de Yabassi et d’Edéa dorment sur des cartons, des planches
ou des nattes. Faute de lits et de matelas, et en violation flagrantes des
règles minima de détention.
Bientôt trente minutes qu’il s’étire dans
tous les sens comme si ses articulations étaient rouillées. Du haut de son
1m80, Boteng Motassi, torse nu, se frotte inlassablement les paupières
recouvertes de chassie pour tenter de repousser le sommeil, tandis que certains
de ses codétenus s’agitent et crient dans la cour de la prison principale de
Yabassi. Après une journée de corvée, la nuit de Boteng a été courte. "Je
dors avec un autre prisonnier sur un morceau de carton. Il faut se retourner
plusieurs fois parce que quand on dort sur un même côté pendant longtemps, le
corps fait mal. Je n’avais pas assez de force pour faire ces mouvements, donc
je n’ai pas vraiment dormi", explique le détenu.
Sur des étagères
Incarcéré à la prison principale d’Edéa,
Hamidou préfèrerait des cartons aux planches, disposées en étagères, sur
lesquelles il est contraint de dormir. Dans ce pénitencier, femmes, adultes, mineurs
passent tous la nuit sur les planches. "Certains les couvrent avec des
nattes ou de vieux matelas pour avoir moins mal. J’aurais aimé posséder
seulement quelques cartons mais il faut tout acheter", indique,
impuissant, Hamidou.
A la prison principale de Yabassi comme à
celle d’Edéa, le constat est le même. En l’absence de lits et de matériels de
couchage appropriés, la plupart des détenus dorment sur des planches, des
morceaux de carton ou des nattes. Selon Ngalani Romuald, le régisseur, ces
matériels sont donnés par des âmes de bonne volonté. "En 2007, une
association féminine nous a fait un don de matelas. Seulement, ils sont tous
aplatis. Mais, nous continuons de les utiliser faute de mieux. Pour le reste,
ce sont les détenus ou leurs familles qui apportent des nattes et des morceaux
de carton", dévoile le régisseur.
Mal de dos
A l’exception des femmes et des personnes
âgées qui disposent d’un lit dans leur cellule, ces mauvaises conditions de
couchage touchent environ cent des cent quinze détenus de cette prison. Au fil
du temps, elles mettent leur santé en péril. "Je ne peux plus aller en
corvée parce que j’ai un mal de dos qui ne me quitte plus. Je prends de temps à
autre des antibiotiques pour le combattre sans succès", raconte un
prisonnier.
Après avoir dormi pendant plusieurs années
sur les planches, Nitti Marceline, 17 ans, traîne des bobos qui l’inquiètent.
"Tout le temps, on se réveille avec les muscles endoloris. On dit
souvent au chef mais on ne nous donne rien. C’est un prêtre qui nous apporte
des médicaments. Même si on se soigne, on sera toujours malade parce qu’on va
revenir dormir au même endroit", s’inquiète la jeune pensionnaire de
la prison principale d’Edéa.
"Traitements inhumains"
Les détenus ne sont pas les seuls à
décrier leurs conditions de couchage déplorables. Les défenseurs des droits de
l’Homme y voient un calvaire inacceptable. "Ce sont des cas de
traitements inhumains et dégradants interdits par les conventions
internationales et les lois nationales notamment la constitution qui, en son
préambule, dit que toute personne a droit à la vie et à l’intégrité physique et
morale ; elle doit être traitée en toute circonstance avec humanité ; en aucun
cas, elle ne peut être soumise à la torture, à des peines ou traitements cruels,
inhumains et dégradants", indique Maître Sterling Minou, avocat au
Barreau du Cameroun.
Conscientes de la gravité de la situation,
les deux administrations pénitentiaires incriminées ont, à leur tour, perdu le
sommeil. Elles relancent régulièrement l’Etat pour demander que chaque détenu
dispose d'un lit individuel et d'une literie individuelle suffisante,
entretenue convenablement et renouvelée de façon à en assurer la propreté,
comme le conseillent les Nations Unies.
Christian Locka (JADE)
Les articles sont produits avec l'aide
financière de l'Union Européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule
responsabilité de JADE Cameroun et ne peut en aucun cas être considéré comme
reflétant la position de l'union Européenne.
LE REGARD DE « MONDEACONSTRUIRE »
L’association JADE envoie depuis des
années, ses journalistes constater la
situation des prisons. Celles du Cameroun, comme celles de nombreux pays, laissent beaucoup à désirer. Il faut saluer la
vocation de ces femmes et de ces hommes qui parcourent ainsi les continents.
Le souci des prisons n’est pas en général
très fort chez les responsables « politiques ».
JADE aura eu cette préoccupation de faire
connaître la réalité en ce moment de l’Histoire camerounaise.
Il y aura toujours des personnes
soucieuses des Droits de toute personne humaine. Les chrétiens rappelleront à l’occasion,
avec Jean Paul II, Benoît XVI et tant d’autres, que ces « Droits de l’homme » sont
bien aussi les « Droits de Jésus-Christ » (Mt 25, 40)
Notre reconnaissance à JADE pour ses
visites régulières dans les lieux de détention.
Pierre JARRET
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______________
Etienne TASSE
JADE (Journalistes en Afrique pour le Développement) Cameroun
Syfia International
BP 3053 Douala Cameroun
Tel. : (237) 79 85 05 56 / 77 78 59 70 www.jade
En cette nuit du 7 au 8 mai 2012, le chiffre des 7000 pages lues de "MONDEACONTRUIRE" ont été dépassées. Faites connaître ce blog. Diffusez avec nous ce qui se passe en Afrique et dans le monde. La Pensée Sociale de l'Eglise a besoin d'être connue, face aux pouvoirs ductatoriaux, qui continuent de fleurir. Le témoignage de jeunes et d'adultes qui cherchent Dieu a le droit de parvenir à tous.
Ce 7 mai 2012, M. Marafa Hamidou Yaya, proche collaborateur durant
17 ans de M. Paul Biya, Président de la République du Cameroun depuis 30 ans,
et jeté il y a quelques jours en prison par le régime de Yaoundé, sous le délit
de corruption, lance de la sinistre Prison de Kondengui une nouvelle série de
Lettres envoyées par lui-même hier au Chef de l’Etat. Révélations incroyables
sur un système bâti sur la délation, le mensonge et la perversité, jusque dans
les plus hauts bureaux de l’Etat.
Après la lettre ouverte envoyée par M. Marafa au Chef de l’Etat,
suite à son arrestation inattendue, on se trouve à présent face à deux lettres
adressées en leur temps par M. Marafa durant ses propres fonctions au Ministère.
Les deux documents, publiés par « l’œil du Sahel », puis repris
par le « Journal du Cameroun.Com », évoquent Edgard Mebe Ngo'o,
ministre de la Défense et Mvondo Assam alias Bonivan, neveu de Paul Biya
Le
premier est une Lette de Marafa H. Yaya a Paul Biya (sur Edgard Mebe Ngo'o, Ministre
de la Défense) après les émeutes sanglantes de Fevrier 2008.
Le
second est une Lettre de Marafa H. Yaya à Paul Biya, à propos de son neveu
Mvondo Assam alias Bonivan.
Ces
deux textes méritent quelques réflexions. Tous se souviennent de la tuerie en pleines
rues, qui selon le gouvernement avait fait en février 2008, 40 morts, et 139
selon les organisations internationales. Tous se souviennent de la seule
célébration religieuse pour « les victimes des émeutes » réalisée
dans la cathédrale de Douala, alors que les autres diocèses n’osaient même pas
mettre une « intention de prières », « puisque « c’est le gouvernement
qui avait tiré ». On comprend qu’un ministre de la défense avait intérêt à
chercher une diversion pour qu’on ne donne pas trop de détails. Son intérêt
était d’attaquer un autre ministre. Son voisin « Ministre de l’administration
territoriale et de la centralisation » était probablement tout indiqué.
La
seconde Lettre de Marafa H. Yaya à Paul Biya, publiée hier par « l’œil du
Sahel » est à propos de M. Mvondo Assam alias Bonivan, neveu de M Biya.
On
peut chercher à connaître Monsieur le neveu de M. Biya. Voici ce que rédige M.
Marafa lui-même dans sa Lettre ouverte au Président Biya, Lettre publiée
intégralement dans nos dernières éditions.
« Dans un rapport
cousu de fil blanc, en date du 24 juillet 2008, le député Mvondo Assam,
vice-président de la Commission de défense et de sécurité à l’Assemblée
nationale et par ailleurs votre neveu, faisant référence à « différentes notes antérieures»,
vous souligne « l’ambition d’un grand
destin national »qui m’anime ainsi que ma « stratégie de conquête du pouvoir ».
Je vous ai saisi par note en date du 17 septembre 2008 afin de « solliciter respectueusement l’ouverture
d’une enquête sur ces graves accusations ». Au cours d’une audience
ultérieure, j’ai évoqué la nécessité de diligenter cette enquête, vous m’avez
dit que votre neveu ne sait pas ce qu’il fait ; vous m’avez chaleureusement
renouvelé votre confiance et vous m’avez demandé de ne pas tenir compte de cet
incident. Je vous ai remercié tout en vous disant que si le député Mvondo Assam
ne sait pas ce qu’il fait, il ne devrait pas occuper un poste aussi sensible à
l’Assemblée nationale. »
(Voir le texte complet de cette lettre sur notre blog du 3 mai 2012)
« Cette indépendance d’esprit m’avait
permis de vous dire, après l’élection présidentielle de 2004, que ce septennat
devrait être le dernier pour vous et que nous devrions tous nous mobiliser pour
le succès des « grandes ambitions » afin que votre sortie de la scène politique
se fasse avec fanfare, que vous jouissiez d’un repos bien mérité, à l’intérieur
de notre pays.
Etait-ce un crime de lèse-majesté ?
C’est possible ! Mais j’exprimais sincèrement ce que
je pensais à l’époque
être dans votre intérêt et dans celui de notre pays. Ma
conviction à l’époque
était qu’un mandat supplémentaire serait le mandat de
trop. Comme nous
allons le voir, le harcèlement et la vindicte à mon égard
datent de ce temps-
là ; aujourd’hui, je paye peut-être pour cette lucide franchise. »
LE REGARD DE « MONDEACONSTRUIRE »
Il y a des signes qui ne trompent pas. M.
Biya veut se maintenir au
pouvoir, coûte que coûte. Pas même les conseils d’un
ami ne peuvent
l’émouvoir. Un « repos bien mérité » après ce
« dernier septennat »
sont des mots qui ne peuvent avoir de sens
lorsque l’espace devient
machiavélique à un tel point. L’Histoire ne donne aucune
preuve
qu’un Dictateur puisse un beau jour épanouir son peuple, et encore
moins
s’épanouir lui-même.
"Le mandat de trop" peut entraîner à la catastrophe.
Les intertitres sont de notre rédaction. Nous avons noté cet article sur le Messager, et sur le Journal du Cameroun.Com
Monsieur le président de la République,
Le lundi 16 avril 2012, j’ai été convoqué par le juge d’instruction du Tribunal
de grande instance du Mfoundi et écroué à la prison centrale de Kondengui, sans
autre forme de procès.
Vous avez certainement dû apprendre que j’ai demandé la récusation de ce juge
d’instruction qui était venu me voir de son propre chef et qui, avec instance,
m’a sollicité pour que nous nous « arrangions » afin qu’il instruise le dossier
dans un sens qui me serait favorable ! J’ai tout naturellement refusé sa
proposition. Je vous en avais rendu compte en son temps, pensant que le
président du Conseil supérieur de la magistrature s’en serait ému. Est-il
besoin de vous le rappeler, monsieur le président de la République, que c’est
moi qui vous ai sollicité, par correspondance en date du 7 mai 2008 à vous
adressée, pour être entendu par les instances judiciaires compétentes, afin
d’apporter mon témoignage et contribuer à la manifestation de la vérité dans
cette scabreuse affaire que vous connaissez mieux que quiconque parce que régulièrement
informé de ce processus d’acquisition de votre avion, que vous suiviez au jour
le jour. Vous savez bien que mon incarcération n’a rien à voir avec cette
affaire pour laquelle je ne suis coupable d’aucun délit et surtout pas de celui
que vous avez instruit que l’on m’impute. J’espère que les débats à venir
permettront à nos compatriotes de savoir quel est le rôle joué par tous les
intervenants, et cela à tous les niveaux. Vous savez également ce que je pense
de certaines de ces arrestations spectaculaires. Wikileaks s’en est d’ailleurs
fait largement l’écho.
J'étais convaincu convaincu de participer à l’édification d’une société de paix et de justice.
Monsieur le président de la République,
Le 06 novembre 1982, j’ai couru derrière votre cortège du carrefour Warda
jusqu’au rond-point de l’école de Bastos. J’étais alors un jeune haut cadre de
la Snh ; et à ce moment-là, j’étais fier de mon pays. Par la suite j’ai été
séduit par votre discours et je me suis engagé corps et âme derrière vous,
convaincu de participer à l’édification d’une société de paix et de justice.
J’ai essayé de toutes mes forces de travailler dans ce sens. Et vous le savez.
Nos compatriotes également l’apprendront. Vous m’avez donné l’opportunité de
servir notre pays à un très haut niveau. Je l’ai fait avec enthousiasme,
engagement et je l’espère modestement, avec une certaine compétence. Comme je
vous l’ai dit dans le message de vœux de nouvel an que je vous ai adressé le 30
décembre dernier, je continuerai à servir à l’endroit où vous m’assignerez pour
contribuer à faire de notre pays un pays de paix et de Justice. Et de là où je
suis, je puis vous affirmer que mon enthousiasme et mon engagement pour ces
nobles causes restent intacts.
J’ai été votre proche collaborateur
pendant dix-sept (17) années sans discontinuer. D’abord comme conseiller
spécial, ensuite comme secrétaire général de la présidence de la République et
enfin comme ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation
pendant près d’une décennie. Je vous ai servi avec loyauté, sincérité et sans
préjugé. Comme vous le savez bien, pendant toutes ces années, j’ai toujours
refusé d’être un courtisan. (A titre d’exemple, j’ai constamment refusé de
m’associer aux folklore des différentes éditions de « l’Appel du peuple »).
J’ai toujours préféré garder une liberté qui me permettait de vous donner, en
toute indépendance d’esprit, des avis vous permettant de gérer les affaires de
l’Etat dans le plus grand intérêt de notre pays. Ce n’était pas une position
facile à assumer pour moi, dans un environnement et un contexte qui sont les
nôtres, car je n’étais pas un de vos proches de longue date, ni originaire de
votre aire culturelle. J’ai cependant eu l’impression que cette position, même
si elle vous agaçait quelquefois, était malgré tout appréciée de vous, ce qui
justifierait l’exceptionnelle durée et je dirais même l’intensité de notre
collaboration. Cette indépendance d’esprit m’avait permis de vous dire, après
l’élection présidentielle de 2004, que ce septennat devrait être le dernier
pour vous et que nous devrions tous nous mobiliser pour le succès des « grandes
ambitions » afin que votre sortie de la scène politique se fasse avec fanfare,
que vous jouissiez d’un repos bien mérité, à l’intérieur de notre pays.
Etait-ce un crime de lèse-majesté ?
De M. Biya à M.Marafa: "Vous êtes combien de ministres dans ce gouvernement ? Peut-être dix (10) ou quinze (15) tout au plus. Le reste, ce sont des fonctionnaires à qui j’ai donné le titre ».
C’est possible ! Mais j’exprimais sincèrement ce que je pensais à l’époque être
dans votre intérêt et dans celui de notre pays. Ma conviction à l’époque était
qu’un mandat supplémentaire serait le mandat de trop. Comme nous allons le
voir, le harcèlement et la vindicte à mon égard datent de ce temps-là ;
aujourd’hui, je paye peut-être pour cette lucide franchise. Cette liberté m’a
également permis de vous exprimer une opinion sincère, comme l’illustrent les
trois exemples suivants, concernant le gouvernement de la République :
a) Après la formation du gouvernement consécutif à l’élection présidentielle de
2004, vous m’avez accordé une audience au cours de laquelle vous m’avez demandé
ce que les gens pensent du gouvernement. Je vous ai répondu qu’ils pensent
qu’avec un effectif d’environ soixante-cinq (65) ministres et assimilés, le
gouvernement est pléthorique et manquerait d’efficacité. Entre agacement et
irritation, vous m’avez tenu ces propos :«…Monsieur le ministre d’Etat, vous
êtes combien de ministres dans ce gouvernement ? Peut-être dix (10) ou quinze
(15) tout au plus. Le reste, ce sont des fonctionnaires à qui j’ai donné le
titre ». Je vous ai répondu : « … C’est peut-être vrai, monsieur le
président de la République. Mais le problème, c’est que ces fonctionnaires eux,
se prennent pour des ministres ».
Le dialogue à ce sujet s’est arrêté là.
b) De même, à la veille d’un remaniement, vous m’avez fait l’honneur, au cours
d’une audience, de m’interroger sur un compatriote. Je vous ai répondu que ce
monsieur ne méritait pas de siéger au gouvernement de la République. Vous avez
développé des arguments qui m’ont convaincu que votre décision était déjà
prise. Je vous ai alors dit : « …Monsieur le président de la République, au
cas où vous le nommeriez au gouvernement, ne lui confiez surtout pas un
département ministériel ». Nous connaissons la suite.
En février 2010, j’ai fait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire national.
c) Enfin, après la formation du gouvernement au sein duquel monsieur Issa
Tchiroma est devenu ministre (afin de contrecarrer mes ambitions, aux dires de
certains), vous m’avez accordé une audience au cours de laquelle vous m’avez
demandé ce que les gens pensent du nouveau gouvernement. Je vous ai répondu
sans détour que monsieur Issa Tchiroma ne mérite pas de siéger au gouvernement
de la République. Vous et moi et d’autres (y compris lui-même) savons à quoi je
fais référence. Je vous ai dit en outre que je ne collaborerai jamais avec lui.
Jusqu’à présent, les gens pensent que notre « inimitié » est d’ordre politique
car nous sommes adversaires dans la même circonscription. Cela n’a rien à voir
et l’avenir le prouvera.
Monsieur le président de la République,
Lorsque la vindicte à mon égard a commencé, j’ai traité avec indifférence les
ragots faisant état de ma déloyauté à votre égard et je me suis abstenu de vous
en importuner. Mais lorsque votre entourage le plus proche est rentré dans la
danse, j’ai cru devoir à chaque fois, m’en ouvrir à vous. Ainsi, lorsqu’en
novembre 2007, il a été demandé au préfet du département du Mfoundi de «
prolonger la garde-à-vue administrative de quinze (15) jours renouvelables
» concernant vingt (20) personnes dont dix-huit (18) sont des militaires de
divers grades, j’ai instruit le gouverneur de la province du Centre et le
préfet du département du Mfoundi de ne pas s’éxécuter et de se conformer
strictement aux dispositions de la loi. Je vous en ai rendu compte par note en
date du 21 novembre 2007. Ces personnes auraient été libérées quelques mois
plus tard sur vos instructions. Quelques jours après le refus de
l’administration territoriale de cautionner cette mascarade, j’apprendrai qu’il
vous a été rapporté que les personnes concernées seraient mes complices dans
une tentative de déstabilisation des institutions de la République. Devant
cette accusation extrêmement grave et devant la réccurrence des rapports
systématiquement négatifs qui vous parvenaient à mon sujet de la part de
certaines officines et sur lesquels vous ne me disiez rien, j’ai dû prêter une
oreille attentive à l’une des nombreuses offres d’emploi qui m’étaient faites
régulièrement au niveau international. J’espérais que mon départ permettrait de
préserver la qualité des relations que j’ai eu l’honneur d’entretenir avec
vous. Je vous en ai fait part ainsi que de mon désir de quitter le gouvernement
au cours d’une audience en date du 30 novembre 2007. Vous m’avez expliqué que
vous aviez encore besoin de moi et qu’en ce qui vous concernait, vous me
faisiez encore entièrement confiance.
Je me dois cependant de rappeler à votre attention, quelques faits suivants,
entre autres :
a) Après les émeutes de février 2008, les rapports négatifs à mon encontre se
sont intensifiés. Pour mes détracteurs, mon refus constant d’interdire ou de
saisir les journaux et mon approche des problèmes consistant à éviter une
réponse exagérément et inutilement violente ainsi qu’une répression
systématique, prouvaient à suffisance mon manque de loyauté à votre égard. A
nouveau, je vous ai saisi par note en date du 5 mars 2008 pour vous rappeler
que le département ministériel à la tête duquel j’étais, est trop délicat pour
avoir à sa tête quelqu’un qui ne jouirait pas de votre confiance. J’ai
également saisi l’occasion de cette note pour porter à votre attention les
relations incestueuses qui tendaient à se développer entre l’Etat et le parti
Rdpc, au vu d’une correspondance me concernant adressée par le ministre de la
Justice au secrétaire général de ce parti.
b) Dans un rapport cousu de fil blanc, en date du 24 juillet 2008, le député
Mvondo Assam, vice-président de la Commission de défense et de sécurité à
l’Assemblée nationale et par ailleurs votre neveu, faisant référence à «
différentes notes antérieures», vous souligne « l’ambition d’un grand
destin national »qui m’anime ainsi que ma « stratégie de conquête du pouvoir ».
Je vous ai saisi par note en date du 17 septembre 2008 afin de « solliciter
respectueusement l’ouverture d’une enquête sur ces graves accusations ». Au
cours d’une audience ultérieure, j’ai évoqué la nécessité de diligenter cette
enquête, vous m’avez dit que votre neveu ne sait pas ce qu’il fait ; vous
m’avez chaleureusement renouvelé votre confiance et vous m’avez demandé de ne
pas tenir compte de cet incident. Je vous ai remercié tout en vous disant que
si le député Mvondo Assam ne sait pas ce qu’il fait, il ne devrait pas occuper
un poste aussi sensible à l’Assemblée nationale.
c) En février 2010, j’ai fait l’objet d’une interdiction de sortie du
territoire national. Cette mesure illégale a été grossièrement rendue publique
alors que je présidais à Bertoua la commission mixte de sécurité entre le
Cameroun et la République centrafricaine, à la tête d’une délégation
camerounaise de cinq (5) membres du gouvernement face à sept (7) membres du
gouvernement centrafricain. J’ai stoïquement fait face à mes responsabilités. A
mon retour à Yaoundé, j’ai sollicité une audience au cours de laquelle je vous
vous ai à nouveau présenté ma démission. A cette occasion, je vous ai renouvelé
l’impérieuse nécessité de nommer à la tête du ministère de l’Administration
territoriale et de la décentralisation une personne qui non seulement jouirait
de votre confiance, mais aussi que l’on laisserait travailler en toute
sérénité. A nouveau vous avez refusé ma démission et vous m’avez renouvelé
votre confiance.
S’il m’arrivait quelque chose par inadvertance, ce ne serait ni de mon fait, ni du fait des repas que je me fais livrer par ma famille. Bien que n’ayant pas particulièrement peur de la mort, j’aimerais que si cette fâcheuse éventualité survenait, les responsabilités soient bien établies.
d) Avant la convocation du corps électoral pour l’élection présidentielle du 9
octobre dernier, vous m’avez fait recevoir par le Directeur du cabinet civil.
Une première ! Celui-ci m’a dit qu’il me recevait en votre nom et que vous
vouliez savoir si j’allais me présenter contre vous à cette élection. J’ai été
choqué car ce faisant, vous donniez du crédit à la rumeur qui vous avait été
maintes fois rapportée selon laquelle j’aurais créé un parti politique
clandestin. J’ai dit au directeur du cabinet civil de vous dire que j’étais
blessé aussi bien par le contenu du message que par la manière dont il a été
délivré. Je lui ai dit par ailleurs de vous rassurer, par souci de
responsabilité et pour éviter toute crise inopportune, que je ferai tout mon
devoir pendant la période délicate avant, pendant et après les élections, afin
que la paix soit préservée dans notre pays. Mais qu’après cette élection,
compte tenu de l’effritement continu de la confiance depuis bientôt (07) ans et
finalement de la perte manifeste de celle-ci, je n’entendais plus continuer ma
collaboration avec vous au niveau du gouvernement. J’ai fait part à mes proches
de cette blessure ainsi que de la décision de ne pas figurer au gouvernement
après l’élection présidentielle. Après la clôture du dépôt de candidatures et
ayant constaté que la mienne n’y figurait pas, le directeur du cabinet civil
m’a à nouveau reçu pour me dire de ne pas surinterpréter votre message qui est
allé au-delà de votre pensée et que vous me recevriez bientôt pour lever toute
équivoque. Je lui ai répondu que je n’étais pas demandeur d’une audience et que
ma décision de ne plus faire partie du gouvernement après l’élection
présidentielle était non négociable. J’avais alors mesuré toute la portée de
ces paroles de Fénelon à Louis XIV : «Vous êtes né, Sir, avec un cœur droit
et équitable, mais ceux qui vous ont élevé ne vous ont donné pour science de
gouverner, que la méfiance».
e) Après mon départ du gouvernement, une certaine presse en furie et aux
ordres, s’est mise à préparer l’opinion (comme il est désormais de coutume)
pour mon incarcération à venir, faisant fi au passage des intérêts de notre
pays. C’est ainsi que le monde entier apprendra que je suis à la tête d’une
armée de 6.000 rebelles ! A ce jour, je n’ai pas été interrogé sur cette
volonté affichée de déstabilisation qui aurait été éventrée. A ma connaissance,
ceux qui ont publié cette grossièreté ne l’ont pas été non plus. On se serait
limité à dire que la grossièreté se le dispute à la bêtise si ce n’est que
c’est notre pays qui souffre de cette image pré-insurrectionnelle. De même,
cette obsession à me lier à la France alors que c’est du Cameroun qu’il s’agit
! Des notes de renseignements vous parviennent selon lesquelles l’ambassadeur
de France à Yaoundé viendrait souvent à mon domicile en cachette, dans une
voiture banalisée, afin que nous élaborions des plans de déstabilisation de
notre pays. Aussi, des informations sont distillées dans le public sur mes
prétendues relations avec un grand industriel français qui viendrait souvent
clandestinement à Garoua me rencontrer pour le même objet. Notre pays serait-il
devenu une passoire pour que l’on y pénètre sans visa ou y faire atterrir des
aéronefs sans une autorisation préalable de survol du territoire ?
Monsieur le président de la République,
Vous me connaissez très bien. Je ne cache ni mes opinions ni mes
agissements.Vous comprenez donc qu’ayant recouvré ma liberté de parole car
n’étant plus tenu par une quelconque obligation de solidarité ou de réserve, je
puisse exposer, échanger et partager avec tous nos compatriotes mes idées et
mes réflexions que je vous réservais en toute exclusivité ou que je ne
développais qu’au cours des réunions à huis clos. Ces idées et ces réflexions
portent particulièrement sur la paix et la justice. Et avant de terminer,
permettez-moi de vous assurer, que du fond de mon cachot, je n’ai ni haine, ni
regrets, et que je ne nourris ni mélancolie, ni amertume. Surtout, je n’ai
aucune pulsion suicidaire. S’il m’arrivait quelque chose par inadvertance, ce
ne serait ni de mon fait, ni du fait des repas que je me fais livrer par ma
famille. Bien que n’ayant pas particulièrement peur de la mort, j’aimerais que
si cette fâcheuse éventualité survenait, les responsabilités soient bien
établies.
Marafa Hamidou Yaya
LE REGARD
DE "MONDEACONSTRUIRE"
Le 16 avril 2012, M. Ephraïm Inoni, ex premier ministre du Cameroun, et M. Marafa ont été arrêtés et jetés en prison, dans les geôles de Kondengui, sous le motif de "corruption". Ils y ont rejoint une dizaine d'anciens ministres et quelques autres "Hauts fonctionnaires" de l'administration en place.
M. Marafa a lancé avant-hier cette lettre ouverte à M. Paul Biya, Président de la République. Plusieurs médias camerounais se sont empressés de la publier. Elle est à lire pour saisir quelque peu le drame de ce pays, où un homme, depuis bientôt 30 ans à la tête de ce jeune Etat, indépendant depuis 1960, décide, à son gré, du sort de certains citoyens. L'ensemble des observateurs sur place à Yaoundé, restent plutôt surpris de cette attitude vis-à-vis de Mr Marafa, brillant homme d'Etat, qui explique dans ce document ce qu'il a vécu au jour le jour pendant 17 ans. Ce texte s'établit déjà comme une "pièce" de l'Histoire actuelle du Cameroun.