mercredi 23 mars 2011

PRENDRE AU SERIEUX L'INCARNATION

                             « LE SOUFFLE D ‘UNE VIE »
                      Guy  Aurenche  fête les 50 ans du CCFD par le récit de ses engagements


                « Le désir de témoigner » ! D’emblée, en introduisant son dernier  livre, Guy Aurenche, courageux avocat français qui durant des années, a dirigé l’ACAT, « Action des chrétiens pour l’abolition de la torture » n’hésite pas à annoncer les couleurs.  Les premières mots de son livre lancent sans ambiguïté : « J’ai toujours éprouvé le besoin, le désir, de témoigner ». Propulsé aujourd’hui  à la tête de la vigoureuse ONG « CCFD-Terre solidaire »,  qui célèbre ses 50 ans (1961-2011), il apporte toute la contribution de ses engagements chrétiens au fil d’une vie déjà bien pleine, avec une grande  simplicité, mais aussi  avec générosité et esprit de décision..
                Rapidement son ouvrage « Le souffle d’une vie » nous met au cœur des lourds problèmes de l’actualité. Guy écrit : « A travers le combat contre la torture et, aujourd’hui, au côté de ceux qui luttent contre le mal-développement, j’ai constaté un souffle puissant qui a pu transfigurer des millions de vie et même peut-être changer l’Histoire : la dynamique des  droits de l’homme. Nous revenons de loin… Le processus des droits humains, qui prit son envol vraiment universel en 1948, repose sur un souffle original, dans tous les sens du terme : l’acte de foi  en la dignité humaine qui est première… »
                Militant chrétien et engagé dans la transformation de la société, Guy Aurenche fête les 50 ans du CCFD  à sa manière. Au moment où cette ONG catholique  se fait connaître sur la scène internationale par ses prises de position  face aux « Biens mal acquis » de divers Chefs d’Etat, Guy qui fut scout et animateur en « aumôneries et en paroisses », prend soin de rappeler le travail silencieux accompli par l’Eglise de Jésus Christ en de multiples initiatives : « Dans mon parcours d’avocat  et de militant, je rencontrais de nombreuses personnes investies dans les luttes sociales et les luttes pour les droits de l’homme en Amérique Latine. Je faisais partie des comités de soutien aux prisonniers politiques originaires de ce continent… Dans ce contexte, j’entendis, pour la première fois, dom Helder Camara….En 1970, il donna une conférence à Paris…Une de ses exhortations me marqua plus particulièrement : « Vous avez raison de penser à nous ! Mais, si vous voulez que la situation change en Amérique latine, il faut que vous commenciez par changer, dans votre propre pays, les structures  sociales et politiques qui conduisent à l’injustice et à l’inhumanité » Don Helder nous renvoyait à nos responsabilités politiques nationales…au nom de la parole d’un homme habité par un mystère étonnant : Jésus a révélé un Dieu qui s’est fait homme »
                Prendre au sérieux l’incarnation, c’est vouloir être attentif au monde et aux souffrances des hommes.   
                                               Recueilli par JB Beraud
                                                                   dans le « SOUFFLE D’UNE VIE », Ed Albin Michel 2011

dimanche 20 mars 2011

Quand le Prix Nobel de la Paix s'appelait Albert Camus

Camus et la bombe atomique

« Albert Camus rédigea un jour un éditorial pour Combat, journal de la Résistance, (ndlr. en France) né dans la clandestinité pendant l’occupation allemande, dans lequel il écrivait depuis 1942. La date de cet éditorial est importante : nous sommes le 8 août 1945, juste au lendemain du largage de la première bombe atomique par les Etats-Unis, sur la ville japonaise de Hiroshima. Camus s’indigne de la relative satisfaction des puissants devant cet exploit technique, cette réussite militaire. Il adresse un appel extrêmement pressant à toutes les autorités du monde pour qu’elles fassent définitivement le choix de la vie, et donc refusent tout aussi définitivement le choix de la vie, et donc refusent tout aussi définitivement la course à la mort : « Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques… Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison. »
           
Guy Aurenche, dans son livre           
 « Le souffle d’une vie »,
publié à l’occasion des cinquante ans du « CCFD – Terre Solidaire »

Au moment où le Japon redécouvre tragiquement les attaques du nucléaire, ce texte invite chacun à réfléchir. L’amour des autres et de Dieu mène vers d’autres pistes. Personne n’est obligé d’être croyant pour les trouver,
JBB

vendredi 18 mars 2011

Morts pour rien au Cameroun

Comment sont-ils morts ?
                … Cette jeune fille camerounaise, étudiante à Nantes, dont le frère cadet  est tombé sous les coups des balles le lundi 25 février 2008 du côté de la vallée de Bessengue, alors qu’il rentrait de l’Institut d’enseignement secondaire de Bouajinjé  (Iesb), son établissement scolaire.
                « On m’a seulement informé que Christian Narcisse a été tué. Je ne sais toujours pas comment cela est arrivé, ni ce qui s’est vraiment passé. Ce que je sais, c’est que mon frère n’était pas du genre à manifester, à provoquer ou à se mêler aux fauteurs de trouble. C’était un garçon calme, tranquille, de nature taciturne », confie-t-elle…La détresse de cette fille me traverse d’autant en profondeur que son jeune frère a été tué sous mes yeux, à moins de 30 mètres de distance. Le tir est parti d’une arme silencieuse portée par une femme gendarme. Pourquoi ? Difficile à savoir. Ce qui est sûr, c’est que quelques minutes auparavant, une vie altercation entre une bande de jeunes manifestantset des forces de l’ordre a conduit cette femme gendarme à être prise en otage par ces manifestants, en surnombre par rapport aux hommes en tenue. La femme gendarme est alors molestée, humiliée, avant d’être relâchée. Quand elle revient, c’est avec des renforts. Et c’est elle qui, derrière le véhicule de la gendarmerie va faire usage de son arme…Le jeune Christian Narcisse, du haut de ses 15 ans ne sait rien de ce qui s’est passé…Il  cherche à regagner le domicile familial…Cet adolescent est clairement une des nombreuses victimes collatérales des émeutes de février 2008.

jeudi 17 mars 2011

LUTHER, UN HOMME QUI AIMAIT SON EGLISE

MARTIN LUTHER (1483-1546),
dans« Prière de tous les temps : la tradition luthérienne (Chambrai) »
                Martin Luther était profondément croyant et très lié à son Eglise qu’il aimait beaucoup. Il nous faut apprendre à rencontrer ces hommes dont nous avons reçu parfois une image très limitée. J’ai été surpris dans les années 60 d’avoir eu à redécouvrir Luther sous une autre vision que celle que j’avais reçue tout enfant. Nommé curé à Lyon, une invitation d’un pasteur luthérien voisin m’oriente vers une conférence de carême avec nos paroissiens et ceux de sa communauté. Nous avons plusieurs rencontres préparatoires tous deux avec d’autres prêtres et laïcs. Le Concile Vatican II vient de toucher précisément le dialogue œcuménique. Le pasteur me conseille un livre sur Luther, rédigé par un observateur catholique. Je vais d’un étonnement à l’autre. Bien sûr, il y a la « cassure » qui se produit et qui dure encore, mais le chercheur se trouve devant un homme qui aimait son Eglise et voulait son bien.  L’Eglise n’est faite que de femmes et d’hommes, tous pécheurs, mais le Seigneur voit aussi les bonnes volontés. Il ne retient pas seulement les couleurs en blanc et noir. Luther est un grand croyant. Il y a eu cette décision qu'il aurait fallu éviter. Dommage d'avoir opté pour la séparation. Mais rien ne doit nous faire oublier telle belle prière qu’il a su faire sienne. Restons humbles. Dieu sait tout reconnaître.
JB Beraud
« Je ne veux, Seigneur, ni or ni argent,
donne-moi une foi ferme et inébranlable.
Je ne cherche, Seigneur, ni plaisirs, ni joie de ce monde.
Console-moi et affermis-moi par ta sainte Parole.
Je ne demande pas honneurs et considération du monde
qui ne peuvent en rien me rapprocher de toi.
Donne-moi ton Saint-Esprit pour qu’il éclaire mon cœur, me fortifie et me console dans mon angoisse et ma misère. »

mercredi 16 mars 2011

Frère Luc, assassiné à Tibhirine, vit encore par sa prière

            Dans le film « Des hommes et des dieux », Frère Luc est représenté par l’artiste chrétien Michael Lonsdale. Une prière de Frère Luc, le médecin des villageois et des autres, dans une lettre du 25 mars 1994

            « Le Christ nous montre le chemin. La mort est le « Passage » obligé. Que sera pour nous cette mort : violente, ou au terme d’une maladie ? C’est l’imprévu de toute vie. Quand l’heure sera venue, je me présenterai à Dieu comme le mendiant, les mains vides, couvert de plaies. Nous marchons vers lui par la pauvreté, l’échec et la mort. Le christianisme est l’inversion de toutes valeurs. J’irai vers Dieu, mon  Père, comme ceux qui sont sans domicile fixe, pour rejoindre une demeure stable et définitive. Ma seule confiance, ma seule Espérance est la miséricorde infinie de Dieu qui nous accueille chacun tel que nous sommes. Le secret de la vie est d’aimer. »

samedi 12 mars 2011

JESUS DE NAZARETH

           Je lis en ce moment le premier tome de "Jésus de Nazareth" de Joseph Ratzinger - Benoît XVI. Langage simple et érudition solide. Retrouver le Jésus des Evangiles et des premières communautés chrétiennes dans une assurance historique la mieux vérifiée possible. Le regard de foi d'un jeune allemand qui a connu les folies meurtrières hitlériennes, qui, devenu Cardinal, a accompagné de son appui théologique le pape polonais Jean Paul II, et qui témoigne maintenant de sa "vie avec le Christ", comme successeur de Pierre, face à toutes ses soeurs et à tous ses frères en humanité. Un catéchisme jamais encore entendu de cette façon qui force toutes les entreprises d'éditions à multiplier leurs commandes.

vendredi 11 mars 2011

Quel chemin de croix ?

Ils vivent de Lui
        Nous sortons il y a quelques minutes de la cathédrale de Bafia. Sous une chaleur suffocante, des enfants, des jeunes, des femmes, des hommes, se sont mis en marche. Ils sont venus à leur premier chemin de croix de ce carême 2011. Ils ont rempli presque totalement la vaste nef. Les vieux chants des générations précédentes sont revenus sur leurs lèvres. Les antiques poèmes lancés dans leurs différentes langues ethniques continuent de nourrir la simplicité et la fermeté de leur piété. Depuis huit jours,nous voyons l'Eglise de Benoît XVI vivre dans les vastes espaces des campagnes camerounaises.
       Une jeune femme a apporté l'autre jour son témoignage: "La journée de la femme est aussi l'occasion pour nous de voir des changements d'une année à l'autre. Nous avons des amies dans l'enseignement, dans la magistrature, dans le commerce. Nous en connaissons qui prennent aussi leurs responsabilités dans la société civile. Nous avons des amies dans la police, dans l'armée. Nous pouvons faire plus pour la place des femmes dans le pays. Envoyons aussi les filles à l'école. Ne les gardons pas à la maison pour faire le travail, tandis que leurs frères vont étudier." Une autre jeune maman, comme elle, est devant sa maison en pleine campagne, lorsque nous passons en voiture pour la rencontre des catéchistes à quelques kilomètres. Elle crie à la soeur qui arrête sa voiture: "Je ne peux pas maintenant, je suis en train d'étendre la manioc." Nous repartons avec ses amies qui sont déjà dans la voiture. Trois quarts d'heure plus tard, nous la voyons arriver dans l'église pour la rencontre mensuelle de "formation des catéchistes". Elle s'asseoit. Nous continuons. Les 13 autres, femmes et hommes,  l'attendaient. Elle glanera ce qu'elle pourra de cette réunion "manquée". Mais ce qui est sûr, c'est que, tant qu'il y aura des gens de cette conviction, l'Eglise sera debout dans ces villages isolés.
       Il ne faut pas perdre le manioc pour la vie de la famille. Il ne faut pas non plus ne pas se mettre en marche même pour quelques minutes encore de la réunion.