samedi 5 mars 2011
Mission à Bafia
Sous une pluie battante, Eric et Florent ont réussi à me faire sortir de Yaoundé hier soir. A la sortie de la ville, le soleil est revenu. Florent et Eric sont repartis ce matin. Cet après-midi, Sr Joanna m'a demandé de m'adresser aux jeunes catéchumènes, 25 garçons et filles de 14 à 24 ans. Un d'entre eux avait entendu parler de Don Bosco et savait qu'il y a des soeurs salésiennes à Bafia. En groupes, ils ont noté des témoignages de leur vie en société pour "changer le monde". Les cinq témoignages ont été l'expression de liturgies suivies de fêtes ou repas partagés. Sur le témoignage que je leur ai donné d'une jeune de 18 ans qui a participé comme observatrice dans un bureau de vote, et qui a vu une "dame de la paroisse" mettre plusieurs bulletins dans l'urne pour la même personne, ils ont été plusieurs à crier "corruption". Ils ont prié ensuite avec attention pour cette jeune fille chassée immédiatement par tous les autres observateurs. Ils ont trouvé que seule, elle avait eu le courage de protester. Ils ont été encore plus étonnés quand elle a dit: "Je ne pensais pas que c'était cela aussi être chrétienne aujourd'hui"
jeudi 3 mars 2011
UN PRIX POUR LE "COURAGE FEMININ"
Henriette Ekwe reçoit des américains le Prix du « Courage féminin »
Henriette est journaliste camerounaise et directrice de la publication « Bebela ». Elle vient d’être sélectionnée pour recevoir ce prix, lancé en 2007 par Mme Condoleza Rice, alors Secrétaire d’Etat américain. M. Jackson, ambassadeur américain à Yaoundé n’a pas caché sa joie d’annoncer la nouvelle à « Henriette qui continue d’être un éclaireur de conscience pour la liberté d’expression et la transparence au Cameroun… Tous les pays, y compris le mien, ont besoin de femmes de courage comme Henriette pour s’assurer que les gouvernements sont responsables et que les sociétés poursuivent leur quête de liberté, de justice, de paix et d’égalité ».
Henriette n’a pas hésité les 27 et 28 janvier 2011 à apporter son précieux témoignage de longues et difficiles luttes, devant un large parterre de politiques, économistes, leaders d’opinion et délégué du gouvernement, réunis chez les Dominicains de Yaoundé pour le Colloque sur « Médias, démocratie et Eglise ». Mgr Tonye Bakot, Archevêque de Yaoundé, qui a voulu lui-même cette « aumônerie des décideurs », et Mgr Joseph Befe Ateba, évêque de Kribi, avaient tenu à être présents. Les quelques minutes de conversation que nous avons eues avec Mme Henriette, nous ont révélé beaucoup sur l’Histoire du combat du peuple camerounais pour sa dignité. Au long d’événements douloureux, des chrétiennes et des chrétiens, souvent dits de « gauche », et pas toujours reconnus par leurs propres communautés dans la valeur de leur engagement, ont réalisé dans ces régions, comme ailleurs, des témoignages historiques dont il faut conserver les enseignements. Précisément parce qu’ils touchent la justice face à la corruption, ces actes sont aussi, a-t-on pu dire, les « actes des apôtres » d’aujourd’hui.
Il était bon que le choix de M. Jackson se soit porté sur Mme Henriette Ekwe. Seule africaine, elle sera ce 8 mars prochain, en compagnie des neuf autres lauréates du Prix. Elles viendront de Chine, Biélorussie, Hongrie, Jordanie, Afghanistan, Pakistan, Kirgistan, Mexique et Cuba. La Fête sera belle en cette Journée Internationale de la Femme à Washington DC, avec l’organisatrice de la rencontre, Mme Hillary Clinton et la Première Dame des Etats-Unis, Michelle Obama.
JB Beraud
mardi 1 mars 2011
Dans 130 pays, la Société salésienne
De Rome, le Père Julian Fox, du Bureau mondial de la Communication des Salésiens de Don Bosco
Le Vendredi 24 février 2011, le Père Julian Fox nous a signalé de Rome, de la Maison Généralice des salésiens (La Pisana), en réponse à l’envoi de notre blog « Monde à construire » :
« This blog is already visible on sdb.org »
“ Ce blog est déjà visible sur sdb.org”
« Congratulations to the young man concerned »
“ Félicitations au jeune home qui le détient”
Le Père Julian Fox, sdb, ancien Provincial d’Australie, et actuellement membre du Bureau mondial salésien de la Communication, nous conseille depuis des années dans ce travail de l’annonce de la Bonne Nouvelle à travers les médias. Nous le remercions vivement de ses encouragements et de son amitié.
UN HEBDO: LE PELERIN
OFFERT A NOTRE CENTRE THEOLOGIQUE DE NKOL AFEME A YAOUNDE (Cameroun)
La grande Maison d’Editions Bayard Presse vient d’offrir à notre Centre Théologique de Nkol Afeme à Yaoundé, un abonnement à sa revue hebdomadaire « Le Pèlerin ». Nous la remercions bien vivement. A travers ce geste, nous aimons évoquer le passage de Don Bosco en 1883 à Paris, au moment où il rendait visite aux RR PP Assomptionnistes. Le Pèlerin, déjà fondé à l’époque ouvrait largement ses pages au prêtre de Turin, pour faire connaître à tous ses bienfaiteurs en France le travail qu’il était déjà en train de réaliser en Europe et en Amérique latine. Merci, chers amis du Pèlerin, de continuer à Don Bosco, en plein cœur de l’Afrique, votre profonde amitié.
Au nom des 24 jeunes étudiants théologiens, en provenance de 8 pays africains, et de leurs cinq formateurs,
Jean Baptiste Beraud, sdb
lundi 28 février 2011
HISTOIRE du CAMEROUN - Un jour comme aujourd'hui
28 Février 1984 : Condamnation à mort par contumace d’Ahmadou Ahidjo. Il est accusé de complot contre la sûreté de l’Etat.
La Supérieure Générale des Salésiennes au Cameroun
Sr YVONNE EN VISITE A St AUGUSTIN
Sr Yvonne Reungoat, Supérieure Générale des Filles de Marie auxiliatrice était de passage à Yaoundé du 20 au 23 février 2011. Se rendant à Port-Gentil, au Gabon, pour les 40 ans de leur implantation dans ce pays, elle a fait halte au Cameroun. Malgré sa joie de retrouver ses sœurs à Yaoundé Mimboman, où leur Ecole Hôtelière s’est ouvert déjà de larges espaces dans les milieux gastronomiques et touristiques de la Région, elle a tenu à visiter le Centre Théologique St Augustin de Nkol Afeme. Les 24 jeunes étudiants, le personnel de la Maison et les cinq formateurs lui ont soigneusement préparé une magnifique réception. Accueil en fanfare au portail. Visite et prière à la jolie chapelle rénovée. Parcours sur les terrains du stade, regards sur l’élevage des lapins (Heureuse, elle en recevra un pour son dernier repas au Cameroun), découverte de la Bibliothèque, de la salle d’informatique, puis réception rafraichissante à la salle à manger, où volontiers elle offrira une causerie ouverte sur tous les continents, répondra aux diverses questions, puis multipliera, toujours souriante, l’acceptation des multiples photos de groupes très demandées.
Ci-dessous, le mot d’accueil qui lui a été adressé dans la chapelle du Centre Théologique St Augustin. Des photos accompagnent ici ou là le texte.
« Chère Sœur Yvonne,
En octobre 1963, pour la première fois de son histoire, le diocèse de Lyon, en France, offre aux salésiens une de ses paroisses en plein cœur de sa grande métropole. Le Provincial m’y envoie comme curé et directeur de la communauté. Ce même Provincial, le Père Emile Phalippou me dit dès les premiers jours : « Les salésiennes seraient heureuses de vous aider pour l’organisation des catéchismes. Appelle-les !» Dans les jours suivants, les premières Filles de Marie auxiliatrice arrivent chez nous. Elles viendront chaque jeudi assurer le caté des enfants. Parmi elles, une jeune Yvonne, pleine d’entrain pour découvrir ce qui se passe dans ces communautés chrétiennes de milieux sociaux très variés, mais où s’ébauche déjà ce qui se discute dans ces réunions de Rome où se déroulent les premiers balbutiements du Concile Vatican II.
C’est le premier souvenir qui me vient en vous accueillant, chère sœur Yvonne, dans cette Communauté St Augustin. Vous vous en seriez doutée facilement.
Le deuxième me vient de plus loin. J’aime relire les Actes des Apôtres, lorsque Paul, prudent et même un peu méfiant, est heureux d’avoir vu les chrétiens de Philippes. Il songe déjà à repartir, mais une femme insiste pour qu’il reste. Lydie trouve les mots pour le convaincre : « Si vous me tenez pour une fidèle du Seigneur, venez demeurer dans ma maison. » Et elle nous y contraignit. » ( Ac 16, 15). Et Paul qui avait juré de ne pas être à charge de ceux qui le recevaient, accepta. L’Histoire des liens entre salésiennes et salésiens est aussi une belle Histoire sacrée depuis les débuts. Vous nous l’avez rappelée récemment par votre belle lettre aux prêtres salésiens . Nous y avons été très sensibles. Et nous avons eu l’occasion de revisiter de larges passages de cette Histoire en évoquant les échanges si fraternels de don Rua avec une de ces femmes exceptionnelles qui vous ont précédée dans vos responsabilités . Le témoignage de Sr Caterina Daghero nous a littéralement impressionnés.
Dans nos temps mouvementés, les Filles de Marie auxiliatrice ont su trouver combien de fois des routes nouvelles pour affirmer leur foi au Christ, dans un souci de sociétés à renouveler. Votre Institut n’avait pas hésité à être présent à cette fameuse rencontre mondiale sur la femme qui avait lieu, il y a quelques années, à Pékin. Jean Paul II vous y avait encouragées.
Et dès les premières propositions, les Filles de Marie auxiliatrice ont siégé à l’Organisation des Nations Unies pour tout ce qui touche à la valorisation et à la dignité de la femme. Aux côtés d’autres associations, les Filles de Marie Dominique continuent de lutter, au sein de cette plate- forme mondiale, pour le respect de la femme. Une façon de vivre leur foi, tout comme la jeune paysanne de Mornèse qui savait déjà qu’à côté de sa présence à l’église chaque jour, elle rencontrait aussi son Christ dans son combat pour que ses très jeunes compagnes aient un métier dans leur vie.
Sr Yvonne, nous sommes heureux de vous recevoir chez nous. Mais nous ne sommes pas les seuls. Dieu est heureux que vous soyez Yvonne, et que vous vous trouviez cet après-midi avec nous. Soyez la Bienvenue"
JB Beraud, 22 02 2011
jeudi 24 février 2011
CAMEROUN - M. BIYA CHOISIT LA REPRESSION
Mr Paul Biya, Président du Cameroun,
choisit la « répression sauvage »,
face aux manifestations pacifiques de son peuple
Quelques titres des quotidiens d’opposition, après la « journée de tous les risques », annoncée hier au Cameroun.
Le quotidien « Mutations » aligne :
« Le pouvoir réprime les opposants à Douala»
« La commémoration des émeutes de février 2008 a été verrouillée hier par les forces de l’armée et de la police »
« Douala : une ville militarisée »
« Mboua Massok, (ndlr.un des leaders d’opposition) réfugié à l’archevêché de Douala »
« Le Messager» multiplie ses dénonciations sur sa « une » :
« Marches du 23 février. Les manifs matées dans le sang à Douala. Les forces de l’ordre chargent les marcheurs. La milice du RDPC ( ndlr. Rassemblement Du Peuple Camerounais, parti de M. Paul Biya) sévit sur le terrain »
« Jean Michel Nintcheu, Kah Walla, Anicet Ekané, Hameni Mbieuleu, Mboua Massok, (ndlr. tous leaders d’opposition) sévèrement bastonnés »
« Des unités antiémeutes marchent sur Yaoundé. Gendarmes et policiers quadrillent la ville pour prévenir les soulèvements annoncés par les tracts »
Les multiples photos des deux quotidiens révèlent les deux villes de Yaoundé et de Douala, comme des cités en état de siège.
Des femmes et des hommes responsables
Le Messager donne la parole aux différents leaders d’opposition.
« La répression n’arrête ni la liberté, ni la révolution, déclare Anicet Ekanet. C’est tout simplement ridicule ce que vient de faire le gouvernement camerounais… »
« Autant on peut dire, pour être honnête, qu’il n’y a pas eu une forte mobilisation populaire, autant on doit reconnaître que sur le plan symbolique et politique, nous avons marqué un avantage par rapport au régime. Il est clair que désormais la peur a changé de camp… », répond au journaliste M. Abanda Kpama, Président du Manidem.
Mme Kah Walla, Prèsidente du parti Cameroon O’Bosso, a été arrêtée, tabassée, s’est évanouie et a due être réanimée à l’hôpital : « Je suis ravie de constater que les Camerounais adhèrent à cette revendication légitime… Ce matin, nous étions des centaines…La police est arrivée…Nous nous sommes assis pour leur montrer que nous faisions une marche pacifique…Ils m’ont prise pour cible. Ils m’ont placé au milieu de la route et m’ont arrosée avec des eaux chimiques à l’aide de leurs canons à eau… Nous sommes heureux d’avoir posé cet acte. »
Jean Baptiste Sipa, Directeur du Messager, avait averti la semaine dernière : « Les révolutions ne se recopient pas si facilement… » Le Cameroun n’est pas nécessairement la Tunisie, l’Egypte, ou la Lybie. Mais il a voulu tester s’il pouvait célébrer ses « martyrs » de février 2008. M. Paul Biya, chef de l’Etat depuis 29 ans, n’a pas hésité à ses 78 ans, à faire changer la Constitution pour pouvoir se représenter aux élections d’octobre 2011. Il n’avait pas hésité à faire tirer sur les manifestants en février 2008, provoquant le massacre de 139 de ses compatriotes, des jeunes pour la plupart. On comprend que son gouvernement ne soit pas disposé à accepter dès aujourd’hui la reconnaissance de ces « martyrs ».
L’Histoire pourtant reconnaît déjà que cette journée d’hier questionne sérieusement un tel pouvoir : « Face à une manifestation qui a été déclarée, qui est légale et qui par avance était reconnue pacifique, le déploiement des forces de répression et la sauvagerie avec laquelle elles se sont exprimées montre que ce régime est véritablement en difficulté» a déclaré avec calme, le Président du Manidem, qui venait d’être malmené par les forces de l’ordre.
A quelqu’un qui lui demandait cette semaine : « Penses-tu qu’au Cameroun, les gens se lèveront pour des marches de libération, comme en Tunisie, ou en Egypte ? », Sophie, jeune étudiante universitaire de Yaoundé, a répondu, souriante : « Eux, ce sont des arabes. Nous, les noirs, on a peur de mourir. Peut-être à cause de notre Histoire au temps de l’esclavage… » Pas si sûr que le « martyrologe de février 2008 » ne soit pas en train de préparer des changements…
Pierre JARRET, avec Mutations et Le Messager
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